Un artiste de l’ombre
Mon père nourricier a appris le métier de carrossier-peintre automobile avec son père, feu René Auger. Il a quitté l’école après son deuxième secondaire pour travailler dans ce domaine. Pour cette chronique, je veux vous parler d’un collègue de travail de celui-ci, M. Taillon, Gaétan de son prénom.

Toujours est-il qu’en 1974, Denis Auger, mon père nourricier, est devenu peintre chez Kentworth à Sainte-Thérèse, où il a travaillé pendant 17 ans.
En 1978, un camion modèle, permettez-moi l’expression, flat nose (nez plat) a été commandé à l’usine pour une série télévisée américaine, BJ and the Bear. BJ était camionneur et Bear était un singe, un chimpanzé. Le bas et le haut de la cabine du camion étaient rouges, divisés par une partie blanche au milieu.
C’est là qu’intervient M. Taillon, l’artiste de l’entreprise. Entre les deux couleurs, il y avait un décalque constitué de deux lignes noires à quelques centimètres d’intervalle, toutes deux entourées de lignes dorées.
Cet autocollant avait pour fonction de séparer les deux couleurs, ce qui procurait au camion son design unique. Celui-ci était appliqué par notre principal intéressé, qui maîtrisait l’art du air brush, aussi appelée peinture à l’aérographe. Cette technique consiste à pulvériser la peinture à l’aide d’un pistolet prévu à cet effet de façon précise sur la surface de son choix, ici la carrosserie.
Parfois, des clients plus en moyen avaient des demandes spéciales comme peindre le visage de leur conjointe ou un autre dessin.
Peu importe l’image voulue pour personnaliser ledit camion, Gaétan était l’homme de la situation : un artiste exceptionnel. Ma chronique se veut un hommage à son immense talent qui est malheureusement resté dans l’ombre.
Sur un véhicule routier, les deux côtés sont diamétralement opposés. Du côté conducteur, le point de fuite est à droite ; et sur le côté passager, il est à gauche, ce qui augmente le niveau de difficulté. C’est pourquoi je trouve que M. Taillon était un peintre hors du commun qui n’a pas été reconnu à sa juste valeur. Je salue donc les vrais.
L’art de M. Taillon et, plus précisément, son travail sur le camion de BJ and the Bear, me ramène à la belle époque de la télé vers la fin des années 1970, ce qui correspond à l’arrivée de la câblodistribution. Un moment nostalgique pour moi.
Stéphane Duperron (dit le fils de Harris), camelot au Journal de rue de l’Estrie


