Santé mentale et jugement
Je vais vous parler de l’histoire d’une mère a abandonné sa fille de trois ans sur le bord de l’autoroute en juin dernier. Comme tout le monde, j’ai trouvé cela épouvantable. La mère a été accusée, elle a eu droit à une défense de non-responsabilité criminelle. Elle est présentement à l’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel.

Beaucoup de gens ne croient pas à la défense de non-responsabilité, ils ne croient pas que la maladie mentale puisse pousser certaines personnes à commettre des gestes regrettables.
N’oubliez jamais que cette mère n’a jamais voulu cela pour sa petite fille. C’est un accident, il y a des dommages qui sont irréparables. À mon sens, le lien entre la mère et l’enfant est essentiel et doit être préservé afin que les deux puissent se reconstruire. Trop d’enfants portent en eux la blessure d’abandon, ce sera malheureusement une de plus.
La situation médiatisée à l’excès a mis la lumière sur elles, et j’ai bien peur que cela leur nuise, à cause des individus ignorants qui sortiront leur venin, pour détruire la mère, et par le fait même, l’enfant.
Ce qui est positif dans toute cette histoire, c’est qu’elles auront un suivi par des professionnels, ce à quoi beaucoup de gens n’ont pas accès. Ces derniers sont abandonnés par le système public. En plus, ils se feront possiblement juger par les autres citoyens parce qu’ils sont moins bien nantis et ne peuvent donc pas aller se chercher l’aide dont ils ont besoin.
Pour ma part, je me considère très chanceux de m’être sorti d’une situation similaire qui a entraîné des conséquences dramatiques pour l’enfant que j’étais : ma mère a tenté de me tuer alors que j’avais cinq ans.
D’ailleurs, ma santé mentale en a été gravement atteinte. Je suis donc bien placé pour comprendre les deux côtés de la médaille. Ma mère n’est jamais allée à Pinel ni dans un autre institut psychiatrique, elle a cependant eu du soutien psychologique. Et, nous avons tant bien que mal essayé de maintenir notre lien.
Aujourd’hui, je suis en paix avec tout ça. Par moments, il arrive que des choses du passé remontent. Heureusement, j’ai mes outils pour les affronter.
Présentement, je suis heureux de vendre des journaux, j’ai beaucoup de gratitude envers notre clientèle, qui ne nous juge pas et qui est très généreuse envers nous, les camelots.
Gérard Favreau, camelot au Journal de rue de l’Estrie


