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Culture
vol. 19, no 4

Musique et toxicomanie : un cocktail inévitable?

1 août 2021 | Par Nathaniel Waugh | Culture, vol. 19, no 4

Je suis un jeune homme de vingt-trois ans, toxicomane et passionné par le monde de la musique depuis ma jeunesse. Je m'abstiens de toute drogue et alcool depuis un peu plus d’un an.  

À travers mon parcours thérapeutique, j’ai souvent perçu un préjugé envers le milieu de la musique. J’ai observé que cette préconception se manifeste en démotivation pour les musiciens toxicomanes en rétablissement. Ceci m’a motivé à écrire cet article pour poser des questions à ce sujet aux musiciens toxicomanes que j’ai rencontrés durant mon cheminement thérapeutique. 

Entrevue avec un ex-toxicomane musicien 

Dominick est un gars né à la campagne. Il a grandi avec deux frères et deux sœurs. Son père travaillait tout le temps et sa mère vaquait aux tâches ménagères à longueur de journée. Pour compenser cette absence, il essayait de se mêler aux enfants de son école primaire, mais s’exprimer était difficile pour ce bègue. 

« Ce n’était pas évident, mais je me démarquais dans le sport. Là-dedans j'étais meilleur que les autres. À l'âge de 17 ans, j’ai connu la guitare : ça été un exutoire incroyable. C’est grâce à ça que j’ai survécu, sinon souvent j’aurais eu le goût de tout casser. J’ai même voulu me suicider à trois reprises. Au début, j'écoutais du Nirvana et c'était tellement jouissif, je n’avais jamais connu ça de ma vie», se souvient Dominick. 

JDRE : Quel effet jouer de la musique a-t-il apporté à ton rétablissement ? 

Dominick : Ça m’a sauvé la vie, ça m’a libéré. Je ne pensais à rien d’autre que de jouer. Les problèmes s'en allaient, c'était une manière de communiquer ce que j’avais en dedans. Si je feelais smooth, je jouais de la musique smooth. Si j'avais le goût de me défouler, je jouais du Cradle of Filth! 

JDRE : Est-ce que la musique t’a amené vers la consommation ou est-ce qu'elle t’en a plutôt éloigné? 

D : À la longue, ça m’a éloigné de la consommation, parce que bien des fois, quand je jouais de la guitare, je ne pensais pas du tout à la drogue. Au début, ça m’a empiré côté consommation, jusqu'au moment donné où je me suis rendu compte que la musique c'était crissement meilleur que la dope! 

Entrevue avec Gil 

Gil est un homme dans sa soixantaine. Il a une vie heureuse, une bonne épouse et trois enfants. Son parcours professionnel diversifié l’a mené à une carrière de professeur à temps partiel à l'Université d'Ottawa où il enseigne la langue et la culture gaélique écossaise. Il enseigne également différents types de cornemuse qu’il pratique depuis 10 ans. Ce musicien compose, enregistre et joue de la musique avec le groupe Fiùran qui prépara la sortie de son quatrième album. 

JDRE : Depuis quand jouez-vous de la musique ?  

Gil : Je suis musicien depuis une cinquantaine d’années! J'ai commencé à jouer de la flûte à bec très jeune, puis j'ai étudié sérieusement la trompette au conservatoire. Pendant plusieurs années, et encore aujourd’hui, je joue de la basse électrique. 

JDRE : Quel est l'impact de la musique sur votre cheminement thérapeutique?  

Gil : La musique pour moi est une vieille amie, elle touche profondément mon esprit. Elle m'a fourni un radeau de sauvetage durant les périodes de tribulations et elle a intensifié les moments de joie. La musique a profondément impacté mon cheminement thérapeutique à chaque période de ma vie. 

JDRE : Est-ce que la musique t'a plus amené vers la consommation ou est-ce qu'elle t'en a éloigné? 

Gil : La musique a été mon premier amour. Jeune, j'ai fait de mauvais choix de vie concernant la consommation de substances et cela a fini par m'éloigner de la musique. Après une profonde prise de conscience, j'ai réussi à me retirer de ce mode de vie nocif et à me réinitialiser. Présente tout au long de ma vie, la musique sera avec moi jusqu'à mon dernier souffle. Je suis sobre depuis de nombreuses décennies maintenant. J'ai trouvé un endroit agréable dans le monde où je suis vraiment heureux." 

L’importance de la musique dans la thérapie 

Que ce soit pour Dominick, Gil ou moi-même, l’expression de soi à travers une passion comme la musique a joué un rôle primordial dans notre cheminement pour lutter contre les dépendances. Il est temps de déconstruire les préjugés qui lient la musique à la consommation et de reconnaître pleinement son effet thérapeutique! 

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