Enjeux masculins, cahier spécial

20 octobre 2026 | Par Nancy Mongeau | Hommes, vol. 24, no 7, Éditorial

Au cours des dernières décennies, on a souvent parlé des femmes et avec raison : les inégalités entre les genres sont avérées de toutes parts, les femmes n’avaient même pas le droit de voter au Québec avant 1940 et les femmes autochtones vivant sur les réserves l’ont obtenu seulement en 1969 ! Si la raison d’être du féminisme est toujours d’actualité, on parle aussi maintenant beaucoup de masculinisme, un sujet peu reluisant qui associe le masculin aux dérives idéologiques d’individus revendiquant leur place dans une société qui semble parfois les avoir oubliés.

Vol. 24, no 7 du Journal de rue de l'Estrie comprenant le cahier spécial Enjeux masculins.

De nos jours, on ne peut considérer le mot masculinisme comme étant l’antonyme de féminisme. Même si son origine linguistique aurait pu être un équivalent, le terme est souillé d’une connotation péjorative causée par la haine de groupes se réclamant du mouvement masculiniste.

Selon le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française, la définition du mot masculinisme dans sa plus simple expression est : « Ensemble des mouvements sociaux qui concernent la condition masculine ».

On y précise aussi que « (…) celui-ci ne peut être défini de manière plus précise tant sa conception dépend de la personne qui l’utilise. Par exemple, il peut aussi bien désigner un mouvement qui revendique le retour et la consolidation des rôles dits masculins dans une société X, qu’un mouvement qui regroupe des hommes qui considèrent que leur masculinité peut être un obstacle à leurs droits parentaux, ou une attitude relevant d’une idéologie patriarcale. »

Est-il possible de croire que l’équivalent linguistique de féminisme pourrait être une formule qui ne s’oppose pas aux femmes, mais qui, à l’instar du mouvement féministe, défend simplement les droits des hommes et met en lumière leurs besoins particuliers et leurs enjeux? Même si l’on a raison de s’inquiéter face à la montée de la haine véhiculée en ligne dans des réseaux dits masculinistes, on doit garder en tête que la masculinité n’est pas toxique en soi.

Les mouvements haineux qui gagnent en popularité sont le reflet d’un problème de société plus large et du malaise croissant de gens ayant perdu leurs repères et leur raison d’être. Notre collaborateur, Jean Doyon, précise ces notions à la page 7. Pour régler le problème visible, il faut s’attaquer aux véritables enjeux qui alimentent la détresse humaine cachée derrière cette idéologie polarisante.

Au Journal de rue de l’Estrie, on s’est dit qu’il était temps de ramener sur la place publique les enjeux qui touchent les hommes et de parler de masculinité positive. Parce que les hommes, comme tous les genres, contribuent indéniablement aux plus belles histoires de notre communauté.

Nancy Mongeau, directrice et éditrice du Journal de rue

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