L’intervention sociale au Journal de rue

1 juin 2020 | Par Grégoire-Étienne Saint-Aubin | Communautaire, vol. 18, no 3

L’une des responsabilités de mon travail d’intervenant social au Journal de rue consiste à veiller à ce que les gens faisant appel à nos services soient informés des moyens existant pour les aider à sortir de leur réalité difficile ou de mieux composer avec celle-ci. Je les rencontre en groupe lors de l’animation de la réunion de camelots pendant laquelle ils choisissent leur horaire, ainsi qu’en rencontre individuelle, pour un suivi personnalisé et confidentiel.

Les camelots du Journal de rue ont trouvé le temps bien long dans l’attente de pouvoir retourner au travail. Pour certains ayant une santé plus fragile ou un âge plus avancé, il faudra encore attendre un certain temps avant de revoir leur chère clientèle.

Durant les rencontres 

Je m’assure que les besoins de base de nos usagers sont rencontrés (vêtements, logement, nourriture) et que leur état de santé ne se détériore pas. Pour ce faire, tous les aspects de la santé globale sont considérés (santé physique comme mentale) et au besoin, je les réfère aux ressources spécialisées appropriées 

 Mes fonctions me conduisent aussi à veiller à ce qu’ils respectent le contrat et le code d’éthique qu’ils doivent signer avant de commencer le travail de camelot. Durant leur formation, plusieurs règles sont présentées dans le but d’assurer le bon fonctionnement du travail, comme par exemple : être sobre sur les lieux de vente et avoir une tenue vestimentaire présentable. J’adapte aussi mes interventions selon la réalité de chacun.
 

Et durant le confinement?

Mon travail était plus facile lorsque je pouvais avoir un contact direct avec les personnes qui fréquentent l’organisme. Dans la situation actuelle, je continue de faire mes suivis via téléphone de façon hebdomadaire, mais ce n’est pas aussi chaleureux qu’autrefois à cause de la distance qui nous sépare. 

Dans la majorité des cas, les camelots s’ennuient beaucoup du temps où ils quittaient leur logement pour aller à la rencontre du public sur les différents points de vente. La vente du journal, pour eux, est bien plus qu’une source de revenu d’appoint : elle permet d’entretenir les contacts sociaux, de trouver une fierté. Elle leur permet aussi de remplir leur temps, afin de penser à autre chose que leurs problèmes et difficultésLe confinement, d’un seul coup, leur a enlevé les moyens de se sentir utiles, importants, d’avoir une valeur en tant qu’individu, et c’est pour eux très dur à accepter. C’est aussi au moins deux mois de revenus d’appoint qui partent en fumée! La pente sera difficile à remonter financièrement. 

Les camelots me font part qu’ils s’occupent comme ils le peuvent : ils regardent la télé, lisent, ceux qui ont des enfants gardent contact avec eux via les moyens technologiques à leur disposition (Skype, téléphone). Évidemment, quand on y réfléchiton pourrait présumer qu’ils ne sont pas dans une situation tellement différente de celle de milliers de personnes en confinement qui doivent elles aussi limiter leurs sorties et se trouver des moyens de tuer l’ennui… Seulement, ils avaient déjà un réseau social très restreint et des moyens financiers limités, et de surcroît, on peut facilement imaginer que la solitude doit probablement leur être beaucoup plus pesante que pour d’autres personnes. 

Dans un but d’aider les camelots, nous devons nous réinventer et trouver des solutions qui les aideront à distance avec le plus d’efficacité et d’humanisme possible. Il n’a jamais été aussi important, je crois, de travailler ensemble même en étant isolés de chacun, pour que nous sortions grandis de la crise exceptionnelle que nous traversons.

À quoi, je vous dis merci de nous encourager comme vous le pouvez en partageant nos contenus sur les réseaux sociaux ou en donnant un peu d’argent aux camelots ou au Journal de rue (pour soutenir ceux qui ne peuvent retourner au travail avant plusieurs semaines). Et surtout, en étant empathique à l’égard des autres qui avancent avec leur bagage et leur angoisse. 

Bon courage à tous !

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