Vous avez dit «hygge» et «no problemo»?

25 janvier 2023 | Par Gabriel Martin | Linguistique, vol. 20, no 6

Vous vous interrogez sur un fait linguistique entendu au Québec? N’hésitez pas à m’en faire part! Il suffit de m’envoyer un petit courriel (au gabriel.martin@usherbrooke.ca). Voici les réponses à deux questions qui m’ont été soumises.

— Je suis récemment tombé sur le mot «hygge», mais je ne le trouve pas dans les dictionnaires. D’où vient-il, que signifie-t-il et comment se prononce-t-il?

Le français a emprunté le nom «hygge» au danois, qui l’a lui-même repris du norvégien. L’emprunt, attesté dans notre langue depuis un peu plus d’une vingtaine d’années, s’est véritablement intégré dans l’usage en 2016 sous l’influence de l’anglais.

En français, «hygge» admet deux sens étroitement liés. D’une part, ce nom masculin réfère à l’art de cultiver une atmosphère conviviale, confortable et réconfortante qui favorise des interactions sociales paisibles et un sentiment de bien-être. D’autre part, il réfère à ce sentiment en soi. Bien qu’il ne soit pas étranger à l’idée de blottissement, le hygge ne doit pas être confondu avec le coconnage («cocooning») à l’américaine, qui renvoie davantage à un comportement de repli dans un milieu douillet individualisé. Il n’existe pas de synonymes courants à «hygge», mais on pourrait envisager de lui suppléer des néologismes comme «convivialité à la danoise», «art de vivre danois» ou, plus figurativement, «chaleur danoise».

L’hiver québécois et le temps des Fêtes offrent une occasion de plus pour déployer le hygge chez soi en parsemant son quotidien de petits plaisirs réconfortants.

En français du Québec, ce nom masculin est habituellement prononcé [y.gə] (c’est-à-dire «u-gue») conformément à son étymologie. Il sonne donc comme le prénom «Hugues», dont on prononcerait clairement le «e». On relève quelques variantes dans l’usage, notamment la prononciation [u.ga] (c’est-à-dire «ou-ga»), adoptée sous l’influence de l’anglais par certains locuteurs majoritairement européens.

— Est-ce que l’expression québécoise «no problemo» est courante? Provient-elle de l’espagnol?

En français du Québec, le phrasème «no problemo» s’utile assez couramment à l’oral comme synonyme très informel de «pas de problème». On le relève plus fréquemment, mais non exclusivement, chez les millénariaux.

Il ne s’agit pas véritablement d’espagnol, puisqu’on dit plutôt «no hay problema» ou «no hay lío» dans cette langue. En fait, «no problemo» provient de l’anglais «no problem», auquel on a ajouté le suffixe «-o», de consonance hispanique pour des oreilles étrangères. Le tour de langue aurait vraisemblablement été mis en circulation par des locuteurs mexicains pour se moquer d’anglophones américains… qui les auraient ensuite imités naïvement!

Le Québec francophone a emprunté «no problemo» à ses voisins du Sud au début des années 1990, juste après son apparition dans un dialogue du film à succès Terminator 2. L’anglicisme a gagné en vigueur en 1999, alors qu’il était mis en vedette dans une publicité concoctée par l’agence montréalaise Bos pour la bière Sol, brassée au Mexique.

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