Qui vous espionne?

13 décembre 2023 | Par Gabriel Martin | Chronique, vol. 21, no 6

Qui jette un œil par-dessus votre épaule pendant que vous naviguez en ligne? C’est à cette question que cherche à répondre Blacklight, une application d’inspection de sites web mise en place par l’organisme sans but lucratif The Markup.

Un espionnage à peine dissimulé a lieu sur le grand réseau de télécommunication mondial.

Pour analyser un site, il vous suffit de vous rendre sur la page de l’application, d’y inscrire l’adresse du site à balayer et de cliquer sur le bouton de validation. Après quelques secondes, les traceurs présents sur le site seront listés de manière relativement détaillée.

Cela vous permettra de constater, peut-être avec étonnement, combien vos actions en ligne sont suivies à la trace par les Google, Facebook et Microsoft de ce monde. En effet, cet invisible oligopole espionne vos activités dans des endroits parfois insoupçonnés, afin de construire votre profil d’internaute à des fins publicitaires.

Le degré de pistage varie grandement d’un site à l’autre. Ainsi, le site du Journal de rue de l’Estrie se démarque positivement parmi les lieux sécuritaires. Selon Blacklight, une seule compagnie, la société Stripe, laisse traîner des miettes de biscuits sur la plateforme numérique. Un diagnostic plus approfondi révèle que Stripe ne récolte pas de données particulières sur le lectorat de l’organisme, mais qu’il a simplement mis en place des mécanismes facilitant les paiements sécurisés par ses donateurs.

Cependant, d’autres sites comme celui de Radio-Canada font moins bonne figure. La société d’État transmettrait en effet les activités de ses internautes à une trentaine de compagnies, à en croire Blacklight. Le rapport généré par l’outil contient une phrase particulièrement retentissante : « When you visit this site, it tells Facebook. », ce qui signifie que le site signalerait les visites de ses internautes à Facebook. Si ce genre de pistage non consenti soulève des questions légales, il n’est en rien exceptionnel. De fait, le tiers des grands sites web populaires informeraient de la sorte la multinationale, qui serait ainsi en mesure de déterminer quels contenus sont plus populaires ou consultés par quels types de personnes.

Que faire individuellement devant les périls qui guettent ainsi le droit à la vie privée? Il est possible d’opter pour des actions concrètes. S’il est possible de s’engager pour que les tribunaux ou le législateur se penchent plus sérieusement sur la situation, il existe aussi une multitude de solutions technologiques accessibles. L’utilisation d’un navigateur web sécurisé comme Brave (téléchargeable gratuitement au brave.com) viendra à elle seule colmater l’essentiel de la brèche. En optant pour un bon logiciel du genre, vous pourrez contrer un fléau invisible en toute quiétude.

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