Catégories :
Histoire
vol. 23, no 4

Le Pin solitaire ou Mena’Sen en contexte de Vérité et réconciliation

31 août 2025 | Par Mhist - Musée d’histoire de Sherbrooke | Histoire, vol. 23, no 4

Parmi les légendes les plus connues de Sherbrooke, il y a assurément celle du Pin solitaire ou du Mena’Sen, en lien avec l’ile rocher au cœur de la rivière Saint-François. Cette légende nous ramène à la présence des premiers peuples sur le territoire estrien.

Source : © Fonds Jeanne-Mance Rodrigue, Mhist - Musée d’histoire de Sherbrooke. La légende du Pin solitaire ou du Mena’Sen impose quelques remises en question dans le contexte de Vérité et réconciliation.

Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, allons-y d’une transcription abrégée de sa version la plus populaire :

En 1692, un hiver glacial pousse les Iroquois à élargir leur territoire de chasse jusqu’à la vallée de la rivière Saint-François, ils y croisent leurs ennemis abénakis pour qui il s’agit du territoire traditionnel. Conscients qu’un affrontement mènerait à un massacre, les chefs des deux nations décident d’un duel entre leurs meilleurs guerriers. Le combat consiste à courir sur la rivière gelée autour de l’ile rocher et ce, jusqu’à épuisement. L’Abénakis l’emporte, s’assurant le contrôle de la vallée. Du sang de cette bataille, un pin prend naissance au cœur de l’ile rocher.

La légende de qui ?

La légende du Pin solitaire ou du Mena’sen est évidemment connue des Abénakis, toutefois, elle ne fait pas partie de leurs traditions orales. Elle relève les guerres territoriales entre les Premières Nations, et ce, bien avant l’arrivée des Anglais (l’histoire se déroule en 1692 soit environ 100 ans avant l’ouverture des Cantons). Ce sont cependant les allochtones qui publieront la première version du récit en 1884 !

En résumé, la légende du Pin solitaire parle des Premières Nations sans être directement dans le répertoire abénakis.

Du pin jusqu’à la croix

Chose certaine, l’ile rocher, avec son pin, est un point de repère depuis la colonisation et même avant ; un signe indiquant que le confluent est proche.

Si la légende demeure, le pin, lui, n’est plus là. L’arbre est fendu par la foudre en novembre 1913 et il est remplacé par une croix en 1934, pour souligner le 400e anniversaire de l’arrivée de Jacques-Cartier.

Aujourd’hui, qu’il y ait une croix sur un lieu de légende rappelant la présence autochtone peut paraitre une incohérence, un fait confrontant par rapport à la colonisation, aux pensionnats autochtones et à l’ensemble des actions souhaitées dans le Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

L’ile rocher a changé de main récemment, la Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke, qui en était propriétaire depuis les années 1930, a cédé le lieu à la Société nationale de l’Estrie.

L’organisme a maintenant le devoir, avec la communauté et les Premières Nations, de préserver l’ile et sa légende et… à se questionner sur la pertinence même de la croix !

David Lacoste, directeur général du Mhist

Partagez
[TheChamp-Sharing]