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Histoire
vol. 23, no 6

La guignolée : un rituel d’entraide bien ancré localement

16 novembre 2025 | Par Mhist - Musée d’histoire de Sherbrooke | Histoire, vol. 23, no 6

La guignolée, telle qu’on la connaît aujourd’hui, s’enracine dans une longue tradition de partage et d’entraide. Ses origines sont anciennes, peut-être aussi vieilles que les croyances qui entouraient le gui, symbole d’amour et d’abondance chez les Celtes. Toutefois, c’est surtout en Europe, à travers les fêtes du solstice d’hiver, que naît la coutume des «quêteurs d’étrennes», des groupes qui, en chansons et en rires, passaient de maison en maison pour solliciter un peu de nourriture ou quelques pièces destinées aux plus pauvres.

Source : ©Fonds La Tribune. Musée d’histoire de Sherbrooke. La guignolée, c’est bien plus que le Père Noël. C’est une occasion de générosité et de partage communautaire. Cette année, la collecte de rue a lieu le 4 décembre.

Importée en Nouvelle-France, cette tradition se transforme pour devenir, au XIXe siècle, un moment d’unité communautaire. Des regroupements d’individus sillonnent les villages à la veille de Noël, non plus pour eux seuls, mais pour recueillir ce qui permettra à d’autres de mieux traverser l’hiver.

Peu à peu, les paroisses et les organismes de bienfaisance, comme la Société Saint-Vincent-de-Paul, prennent le relais et organisent des tournées structurées de dons en argent, en nourriture et en vêtements.

À Sherbrooke

Chez nous, la guignolée devient très rapidement une affaire de collectivité. D’abord, les clubs de raquetteurs (Tuque Rouge et Sherbrooke Snow Shoes Club) se rassemblent non pas simplement pour pratiquer leur sport favori, ils le font également pour collecter des biens et des denrées ensuite redistribués dans la communauté.

Source : © Fonds La Tribune. Musée d’histoire de Sherbrooke, 2005. La première version de la Guignolée des médias apparait en 1990 à Montréal. Depuis 2001, des centaines de médias à travers se sont joints à Radio-Canada pour en faire un grand événement national.

Dès les années 1930, les Dames de l’assistance maternelle rassemblent pour leur part des paniers de Noël pour les mères dans le besoin, tandis que les scouts et les pompiers s’occupent de réparer et redistribuer les jouets.

Ces gestes simples tissent un réseau de solidarité entre familles donatrices, bénévoles et bénéficiaires. Chacun, à sa manière, participe à cette grande chaîne d’entraide qui redonne sens aux fêtes.

Cette tradition s’est perpétuée au fil du temps. Dans les années 1980, à quelques jours de Noël, sur les ondes de la radio CHLT, l’animateur Rock Guertin appelle à une

mobilisation rapide et sincère pour venir en aide à une famille victime et démunie. Le succès de son initiative donne naissance à la Fondation Rock Guertin, active maintenant toute l’année pour soutenir les plus vulnérables.

Source : © Fonds Antonio Montour. Musée d’histoire de Sherbrooke. Ce char allégorique de la parade de 1952 nous rappelle la participation à la guignolée de la part des raquetteurs locaux et ce, pendant plusieurs années.

L’esprit de la guignolée prend également une version moderne avec la Guignolée des médias, notamment. Chaque décembre, à l’échelle du Québec, des milliers de bénévoles, de membres des médias et de donateurs répondent présents, prouvant que la générosité demeure au cœur de nos communautés.

Dans un monde souvent pressé et malheureusement rempli d’inégalités, même l’histoire de la guignolée rappelle que le véritable esprit des Fêtes réside moins dans la consommation que dans la chaleur humaine qu’on choisit de partager.

 

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