L’importance du communautaire
Au moment d’écrire ces lignes, le milieu communautaire est en grève. Pourquoi débrayer encore une fois? Le message du mouvement est sans équivoque : il est «À boutte».

Face à ce cri d’alarme, les sceptiques invoquent la limite des fonds publics et la responsabilité envers les contribuables, mais au-delà des arguments légitimes sur la gestion rigoureuse des finances publiques et l’incapacité de l’État à combler tous les besoins, une question fondamentale demeure : est-il réellement impossible de faire mieux ?
Certes, l’incertitude économique et la hausse du coût de la vie limitent les capacités financières du gouvernement et compliquent le soutien au milieu communautaire. Toutefois, il faut saisir l’importance de cet écosystème social avant de juger de la pertinence d’un meilleur financement. Cette semaine de grève vise précisément à mettre en lumière son importance fondamentale.
Des services essentiels
Les organismes accompagnent des gens souffrant de problèmes de santé physique et mentale en leur fournissant une écoute sans jugement ou en fournissant du répit aux proches de ces gens. Ils logent ceux qui dormiraient dans les espaces publics, en proie aux intempéries et aux dangers de la rue. Ils offrent des biens essentiels et encadrent les personnes éloignées du marché de l’emploi pour faciliter leur réinsertion. Ils offrent une lueur d’espoir quand la vie ne tourne plus rond et rendent possibles les seconds départs. Ils nourrissent aussi l’identité d’un peuple par le soutien du milieu artistique, par l’organisation des loisirs, par la gestion des clubs sportifs très fréquentés par les familles… Le communautaire est partout.
Économiquement rentables
Les organismes de première ligne apportent à notre société bien plus qu’une simple solidarité : ils constituent un levier économique majeur en allégeant le fardeau financier de nos services publics. En effet, investir dans l’action communautaire coûte nettement moins cher que de réparer les bris causés par son absence.
Sur le plan de la santé, ces interventions agissent en amont pour éviter l’aggravation de problématiques qui, autrement, finiraient par engorger nos urgences et nécessiter des soins spécialisés onéreux. Il en va de même pour la sécurité publique : une intervention communautaire représente une fraction du prix d’une judiciarisation. Entre les frais de cour, les coûts d’incarcération et les ressources nécessaires à la réinsertion, prévenir un méfait s’avère infiniment plus rentable que de gérer une condamnation.
En tissant des liens de confiance avec les populations vulnérables, ces organismes désamorcent des crises complexes avant qu’elles ne basculent dans le système judiciaire ou hospitalier. En fin de compte, quand le filet social empêche un citoyen de sombrer ou l’aide à remonter à la surface, c’est l’ensemble de la collectivité qui en bénéficie.
Le communautaire à boutte
Quoi qu’on en pense, c’est sur le terrain que l’on mesure l’ampleur de l’épuisement. Les artisans du milieu communautaire se sentent aujourd’hui impuissants devant l’effritement de leurs ressources. Pourtant, les intervenants du réseau public sont les premiers à le reconnaître : la mission de ces organismes est indissociable de la leur. Ils comptent sur ces alliés naturels pour répondre aux besoins de la population.
Soyons francs : entre l’explosion des demandes d’aide et la stagnation du financement, plusieurs organismes ont atteint leur point de rupture. Sans un réinvestissement majeur, plusieurs organismes risquent de bientôt disparaitre, ce qui surchargera davantage un système public déjà à bout de souffle. Il est impératif de garantir des solutions de financement pérennes pour freiner l’érosion de notre filet social.
Les organismes communautaires œuvrent avec ferveur dans toutes les sphères de nos vies ; les laisser s’effondrer serait une énorme perte collective. Leur expertise, bâtie au fil des décennies, est un actif précieux. Plutôt que de la laisser s’effondrer pour devoir un jour la rebâtir de zéro, choisissons de la préserver dès maintenant.
Nancy Mongeau, directrice du Journal de rue


