Les [ra]coins d’écriture de Daniel Roy
Chez lui, les poèmes poppent comme des bulles de savon. Ils chantent ou grincent, percolent ou se bumpent. Si certains rôdent à vélo dans les rues de la ville, d’autres s’envolent au paradis rejoindre ses amours et parents en allés. Rencontre avec Daniel Roy, poète extraordinaire de l’ordinaire.

Daniel Roy est né à East Angus (Québec). Il vit à Sherbrooke où il a enseigné le français aux adultes au Centre Saint-Michel. Par ailleurs, il a obtenu un diplôme d’honneur au mérite, décerné en 1987, par la ville d’East Angus à l’occasion de son 75e anniversaire. En 1987 et 1988, il a siégé comme membre du jury du Grand Concours littéraire La Tribune, remis dans le cadre du Salon du livre de l’Estrie. De plus, en 1978, il a reçu la Médaille d’argent de l’Académie internationale de Lutèce à Paris pour son recueil La douce paysanne.
JRE : Toi et moi, on se connaît depuis longtemps. Lorsque j’étais enseignante, je t’ai souvent invité dans mes classes (au Goéland, au Triolet, à l’école St-François). Tes carnets d’écriture étonnaient toujours les jeunes. Pourquoi, à ton avis ?
DR : Mes [ra]coins d’écriture sont invraisemblables et mes tiroirs sont pleins de poèmes. J’achète mes carnets en voyage, je les choisis avec soin pour mieux me rappeler les lieux. Il m’arrive de demander aux gens que je rencontre d’y écrire eux aussi. Ils sont pleins d’amour. On y trouve des embryons de poèmes, des dessins naïfs. Tes élèves étaient surpris d’y découvrir des brouillons, des ratures, des petits cœurs aide-mémoire. Un jour, alors que je faisais circuler mes brouillons, un des jeunes a baptisé ça des minuscrits. On a bien ri.
JRE : Qu’est-ce qui est prétexte à écrire de la poésie selon ta longue expérience ?
DR : Tout. Absolument tout. Le monde ordinaire, les mots d’enfants, les erreurs de français – mon père déformait les mots. Par exemple, il racontait à ses amis que son fils était allé faire les vidanges en France. J’aime reprendre le quotidien pour m’envoler vers les autres. Après tout, ce qui est personnel devient vite universel. Il suffit surtout de laisser monter les mots, d’être à leur écoute. Un peu de jonglerie et ils trouvent leur place sur la page.
JRE : Dernièrement, tu étais invité à la Grande Nuit de la Poésie de Saint-Venant-de-Paquette. Que retiens-tu de cette expérience ?

DR : Une ambiance chaleureuse. J’y ai offert trois performances sur des sites différents. Chaque rencontre m’a fait vibrer. Il y avait un grand recueillement et une intensité difficile à qualifier. Je crois que mes mots ont touché les gens, que mes poèmes ont eu des échos chez eux. Certains les ont fait rire aux éclats, d’autres les ont amenés au bord des larmes. Nous avons fusionné, la communication était palpable.
JRE : Tu voyages beaucoup. Pour te nourrir, pour t’éloigner de ton quotidien afin de mieux y revenir par la poésie. La Martinique semble être une destination de prédilection. C’est juste ?
DR : Voyager permet de prendre le pouls du monde, de sentir vibrer l’âme d’un pays. Comme j’entre facilement en relation avec les gens de la place qui manifestent une belle curiosité, je fais des rencontres inouïes. Comme celle du grand poète martiniquais, Aimé Césaire. Ou cette autre à Manosque de Sylvie Giono, la fille de l’homme qui plantait des arbres. Je suis allé aussi sur les traces de Pessoa, de Sylvia Plath. Cette exploration me conforte dans mon rôle de poète – je m’y sens en terrain connu. Longtemps, je me suis caché pour écrire, plus maintenant.
JRE : Tu seras au Salon du livre qui se déroule du 15 au 18 octobre ?
DR : Je serai en séance de signature au kiosque de l’Association des auteures et auteurs de l’Estrie dont je suis membre fondateur. Je propose une version revue et augmentée d’inédits de mon recueil Bodedandoeil dont je célèbre le 50e anniversaire. Il est toujours d’actualité. Il apporte son once de joie, sa folie d’une seconde, il donne envie de se coller les uns aux autres. Il est une ouverture sur aujourd’hui et sur les rues de Sherbrooke. Je suis très fier de ce recueil et j’espère que le public lui fera une chaude réception
![Les [ra]coins d’écriture de Daniel Roy Les [ra]coins d’écriture de Daniel Roy](https://www.jdrestrie.ca/wp-content/uploads/2026/10/jdr-2026-10-01-vol24-no07-p13-texte01-image01-e1791898011807.jpg)

