La mort et le bûcheron : Plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes
Un pauvre hère, un gars, une fille, un homme, une femme, tout fatigué avançait le dos courbé. Épuisé par le poids des ans, écrasé par le fardeau du désenchantement, il avait pris la couleur de la terre, de l’humus, une teinte terne de fin d’automne. Harassé, il implorait la délivrance impitoyable.
Les bonheurs éphémères, une profession routinière, le chômage en alternance, l’assistance sociale en dernier recours, les revenus trop courts toujours, le loyer insatisfaisant et toutes les obligations créées au fil des ans finissaient par l’user. Les responsabilités, qui au départ s’assumaient facilement tendaient à croître au point de devenir incontrôlables. Les heurts technologiques dérapaient.
Puis, il y avait toutes ces heures de… celles d’acheter, celles de prendre l’autobus, celles de conduire les enfants à leurs nombreuses activités parascolaires, celles de préparer les lunchs, celles du rasage, du maquillage pour le bureau, celles de courir après sa queue du saut du lit au coucher souvent trop tardif pour un sain repos. Et quand s’ajoutaient les remords des mal-dits, des mal-faits, des hauts cris, des claques sur le nez reçues et distribuées, il advenait un temps où assez c’était assez.
Surgit la période du décrochage, de la colère noire, du règlement de compte, du découragement, de la mise au point, du « burn out », de la dépression et des abus en tout genre. Puis, le mur apparut… Cette personne tenaillée par l’écœurantite aiguë souhaitait-elle en finir ? Peut-être, mais ce n’est pas la solution.
Jean de Lafontaine nous en démontre le fait dans sa fable La mort et le bûcheron. Le vieillard qu’il décrit est lui aussi écrasé par les ans, la pauvreté, la maladie, les taxes et impôts à verser. Tout ça fait du « malheureux la peinture achevée. » Il n’en peut plus de vivre. Il implore la Mort. Elle lui répond sur le champ, s’enquiert de la corvée à réaliser.
Quand le misérable vit la hideuse créature, il a eu un sursaut de vie. « C’est, dit-il, afin de m’aider à recharger ce bois : tu ne tarderas guère. » Cette métaphore de la Mort à qui il demande de lui remettre son fardeau sur le dos ne peut pas être plus explicite. Si nos maux physiques ou moraux nous tenaillent, on se doit de chercher du secours. Il en existe de toutes les sortes et même en urgence.
Le fabuliste conclut « […] ne bougeons pas d’où nous sommes : plutôt souffrir que mourir, c’est la devise des hommes. » C’est bête et méchant comme message, mais l’espoir et la résilience sourdent de cette morale.


