Le potentiel expressif du théâtre d’ombres

1 décembre 2020 | Par Sandra Tremblay | Culture, vol. 18, no 6

La médiation culturelle utilise l’art comme outil de développement social et personnel. Cela s’illustre par des actions reliant des citoyens, des citoyennes et des artistes professionnels autour du processus de création d’une œuvre en musique, théâtre, littérature, danse ou art visuel. L’objectif est de favoriser la mixité sociale et la rencontre des formes d’expression dans un contexte récréatif, éducatif et social.  

Depuis septembre 2019, j’ai eu le bonheur de réaliser deux projets de médiation culturelle en théâtre d’ombres avec des gens de Sherbrooke. Le premier projet, Femmes de lumière, s’est échelonné sur 8 mois en mettant à l’honneur la parole d’un groupe mixte de femmes immigrantes et québécoises. Ce projet a eu lieu à Fleurimont dans le contexte de Vitacité 2, une initiative de la Ville de Sherbrooke en partenariat avec le centre culturel Le Parvis, l’organisme RAME et la Table de Quartier 4-Saisons. Une mise en scène évocatrice a été créée à partir des expériences de vie d’une douzaine de participantes, avec l’accompagnement de deux autrices.  

Le second projet, Cœurs diaphanes, réalisé sur une période de 2 mois, a été un jeu d’exploration d’ombres dans des tentes de camping, avec des jeunes résidents de l’organisme Le Tremplin 16-30. Le projet a été élaboré dans le cadre du récent festival Rivière de lumières au centre-ville de Sherbrooke, avec la collaboration de deux artistes en arts visuels. Une orchestration insolite et ludique a émergé grâce à l’apport personnalisé de chacune des personnes participantes. 

Théâtre ombre Sandra Tremblay
Ombres réalisées par une participante du projet Coeurs diaphanes au Tremplin 16-30

Dans ces deux projets, les participants et participantes ont été amenés à porter un regard lumineux et positif  sur ce qui définit leur vie actuelle. Leur parole révélée a structuré le processus de création, pour ensuite devenir silhouettes de cartons et mouvements poétiques. S’exprimer à travers le théâtre d’ombres a été l’occasion particulière de couvrir leurs ombres de bienveillance dans un cheminement parsemé d’inattendu.   

Le théâtre d’ombres vient de la matière, mais aussi de l’apparition imaginaire éthérée. La révélation par la lumière de divers objets partiellement visibles à travers un tissu, correspond tout à fait au concept de confidence, de parole diaphane. En fait, un élément diaphane laisse la lumière passer à travers lui sans que l’objet du dessous soit tout à fait discernable. L’abat-jour et le verre dépoli sont de bons exemples de cette caractéristique. Avec les personnes participantes, nous avons découvert qu’offrir une confidence, c’est faire apparaître des émotions semi-opaques accumulées en soi. C’est faire l’éloge de la lenteur et ouvrir pas à pas le chemin subtil vers la transparence. 

En théâtre d’ombres, lorsqu’on projette plus d’une source de lumière simultanément sur une silhouette de carton opaque, les ombres produites se décuplent en teintes translucides interreliées. Cela représente bien le phénomène d’expression de soi accueilli dans le contexte créatif d’une parole collective. 

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