L’éthique de l’art comme transformation sociale

1 décembre 2020 | Par Daniel Coulombe | Culture, vol. 18, no 6

C’est connu : l’art peut lutter contre l’exclusion et devenir un facteur important d’intégration sociale. Par exemple, ces dernières années, plusieurs murales autochtones ont vu le jour à Montréal. La cause des Premières Nations qui circule dans les médias actuellement démontre à quel point, encore une fois, l’art est précurseur des problématiques sociales. 

Les artistes sont influencés par la société et ils sont également des acteurs qui l’influencent. Les luttes sociales menées par les artistes sont souvent importantes et concernent celles des exclus (Peuple Noir, Femmes, Identité de genre).  

 On doit se rappeler aussi le vieil adage : « L'art, ce n'est pas de la décoration. L'art est une forme de pensée ». Alors, qu’est-ce que l’éthique de l’art? La définition du mot éthique en dit long sur le concept. Ethike : manière d’habiter, de se comporter. 

 À ce compte, la première règle de la société n’est pas d’encadrer l’art, encore moins d’en faire la censure. À Sherbrooke, cette tendance est malheureusement existante (ne parlons pas uniquement du cas d’Olivier Bonnard ayant peint deux musiciennes nues au parc Victoria, il y en a d’autres). Car ce que l’on croit beau et acceptable socialement et moralement aujourd’hui est remis en question demain. Réaction mitigée, controverse, scandale font partie de l’art comme de la politique. Le « Baiser » de Rodin, en 1880, a été immédiatement controversé pour pourtant devenir rapidement, par la suite, le symbole des valeurs des décennies suivantes. 

murale
La murale peinte sur l’édifice de Madame Pickwick en août dernier par Daniel Coulombe, Sandra Tremblay, Mike Goudreau et Alyssane Delage-Mongeau.

 L’art permet une sortie de la norme, de l’habituel, et ce, autant dans les modes d’actions privilégiés que dans la réaction provoquée. C’est là que se limite son éthique. 

 À ce compte, il importe aussi de définir l’artiste, le créateur. Qui est-il? Réponse : un agent du changement social! En ce sens, les arts et la culture (littérature, cinéma, photographie, musique, arts visuels, etc.) peuvent contribuer au renouveau des quartiers, des milieux, et faire une réelle différence dans tous les secteurs, tels que la santé, la criminalité, l’emploi, l’éducation des communautés défavorisées ou la pauvreté. 

 À titre d’exemple de cette portée éthique de l’art, à Sherbrooke, pensons aux murales, à leur impact économique et historique, au fait que de moins en moins de surfaces du centre-ville sont vandalisées à l'aide de graffitis. 

 Cependant, à Sherbrooke, je constate comme plusieurs collègues artistes, le manque cruel de diversité dans l’art de rue. Un milieu dominé majoritairement par des artistes hommes cis, blancs et hétéros, d’un même style. Cela doit changer! L’art n’appartient pas aux élus et aux dirigeants, aux galeristes, aux encanteurs de ce monde. L’art appartient au peuple et aux artistes! Un bel exemple de ce type d’initiative personnelle est la murale réalisée en août dernier sur le mur de l’édifice de Madame Pickwick au centre-ville dont l’objectif était d’éclaircir la ruelle, de la dépouiller des tags, de faire un clin d’œil à l’importance de l’art : l’art c’est la décision. 

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