Chafouin

1 février 2021 | Par Pierrette Denault | Chronique, vol. 19, no 1

C’était un chat errant. Un peu baveux. Une espèce de petit bum qui passait ses nuits à se colletailler avec les chats du quartier. Personne ne connaissait son vrai nom. On l’appelait Chafouin. 

Aux aurores, quand il rentrait de sa virée, il trouvait toujours sur notre galerie un bol de lait frais. Mon père l’avait déposé là avant de partir pour la shop. Quand je me levais, je trouvais Chafouin assis sur ses fesses, une patte en l’air en train de débarbouiller ses moustaches crémeuses. Je ne me lassais jamais de ce rituel.   

Une fois sa toilette terminée, Chafouin venait me rejoindre dans l’escalier. Collé contre mon flanc, il laissait échapper un long miaulement. C’était le signal que j’attendais. J’ouvrais mon album de contes et il venait s’étendre sur les pages. Il raffolait de l’histoire du Chat botté. Peut-être aimait-il ses bottes de sept lieues, sa ruse d’hypocrite? 

Chafouin avait toujours quelque chose à raconter. C’était un voyou de la pire espèce, une crapule. Il étendait son territoire à coups de griffes et de morsures : ce malotru n’avait aucun scrupule. Malgré tout, je ne me lassais pas d’entendre le récit de ses épopées nocturnes. 

Un matin, le voilà qui arrive à la maison tout penaud, la queue collée aux pattes, le dos, le ventre, les aisselles, les cuisses, les oreilles, alouette, son corps tout entier est recouvert de chardons. Chafouin n’est que nœuds et gémissements. Alors, je ne fais ni un ni deux : couic couic couic. 

Longtemps il m’en a voulu pour cette coupe sévère qui lui a fait perdre sa superbe. Je me rappelle de la moue boudeuse qui ne le quittait plus, de son regard plein de reproches… 

Chafouin, chat errant
Chafouin, une courte histoire de Pierrette Denault. Photo par Alyssane Delage-Mongeau
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