La mode et l’art abaissent les préjugés!
Sherbrooke a vu apparaître ces dernières années plusieurs nouvelles friperies, des boutiques d’échanges de vêtements aussi. Bref, on assiste à la demande d’une clientèle plus diversifiée qui tourne le dos au fast fashion. L’achat de l’usagé s’est démocratisé, donnant aux citoyens une mission sociale face à l’environnement, la surconsommation, mais également en propageant des valeurs sensibles à l’art : contrer les stéréotypes, avoir de l’audace, accepter les différences ; partager une vision singulière du monde.
Plusieurs artistes sont d’avis que les vêtements ne sont pas des œuvres qui doivent aller dans des musées même si cela se fait à l’occasion –en 2011, le Musée des beaux-arts de Montréal a présenté l’exposition sur les créations de Jean Paul Gaultier et récemment celle de Thierry Mugler. Tout est une question de définition et pour Louka Tessier, artiste d’ici de la relève « si l’art n'est que la traduction du langage esthétique et conceptuel par les mediums physiques des couleurs et des formes, la fashion devient alors inséparable de l’art visuel ».
Pour l’artiste sherbrookoise Ann Smith, le vêtement est en lien direct avec l’expression de la réalité : « J’ai envie d’être flamboyante à travers les vêtements que je porte. Ce n’est pas de l’art : c’est en quelque sorte une démarche artistique. C’est une facette de mon esprit qui souhaite communiquer ce vieil adage : être ce que l’on est tout simplement ! »
Bien que l’idée générale est souvent de questionner l’art, de bouleverser les codes culturels, de se diriger vers une démarche créatrice, Ann s’oppose à cette vision éloignée du monde de l’art dans la mode vestimentaire. « Andy Warhol avait une intuition selon laquelle les musées deviendraient un jour de grands magasins! C’est une tragédie. Il a dit vrai! »
La controverse concernant la collection de sacs Louis Vuitton avec Jeff Koons, reproduisant des tableaux de grands maîtres, est loin d’être terminée. On doit questionner sérieusement la collaboration entre le monde du luxe et celui de l’art visuel.
Le luxe et les artistes cohabitent depuis belle lurette : orfèvrerie, voitures de collection, etc., la mode vestimentaire n’y échappe pas. Dans les années 1930, Elsa Schiaparelli et Dali ont collaboré dans des créations : le « cadran de téléphone », le « chapeau-chaussure », la « robe squelette » et l’iconique « robe homard ». De même, quelques trois décennies plus tard, Yves Saint Laurent s’est lancé dans des lignes d’artistes en rendant hommage à Mondrian, Wesselman, Matisse, Braque, Picasso. D’autres par la suite ont emboîté le pas : Gianni Versace et Andy Warhol, Miuccia Prada et le street art.
Au Québec, via le web, on peut naviguer et faire l’achat sur plusieurs sites d’artistes dont les vêtements et les accessoires sont exclusifs et dérivés de leur art. Les artistes véhiculent des valeurs importantes, sociales et actuelles : vêtements éthiques, écoresponsables, exclusifs, abordables. Art ou ne pas Art ? La réponse tombe dans l’indifférence… car, si à Sherbrooke, on constate de plus en plus de citoyens qui s’habillent osés, recyclés, singuliers, colorés… l’impact risque de correspondre à l’abaissement des stéréotypes, des préjugés et catégorisation sociale.


