Un petit grand livre

20 avril 2024 | Par Pierrette Denault | Jeunes, Livres, vol. 22, no 2

Parlons d’abord de l’objet-livre. Partir de loin de Caroline Dawson est un petit album d’une trentaine de pages. Il est illustré de façon magnifique et parsemé de pointes ludiques : ici un bol à soupe qui sourit, là des nuages en forme de moustaches bleu ciel, des valises qui débordent et qu’on peine à boucler, plus loin des envies de pipi en cascades. Un livre à placer dans tous les coins lecture. Un incontournable à laisser à la vue des élèves. Parions qu’il plaira autant aux grands qu’aux petits!

Ce qu’il raconte

L’histoire de Caroline Dawson, on la connaît déjà si on a lu Là où je me terre, un roman publié en 2020 dans lequel elle dévoile les péripéties de la famille qui, en 1987, quitte la dictature de Pinochet en quête d’une terre de liberté. Pour les parents, l’exil signifie trente-six métiers trente-six misères, des emplois mal payés, des horaires épuisants. Sans compter l’apprentissage de la langue. Pour Caroline (7 ans) et son petit frère, le nouveau pays représente les découvertes, les nombreux déménagements, les amis que l’on perd et ceux qu’on se fera suite aux changements d’écoles. Pour tous, ce sera une amélioration constante de leurs conditions de vie.

Cette nouvelle version – Partir de loin – a ses particularités même si elle raconte la même histoire. La narratrice est une certaine petite Caroline. Elle raconte le départ forcé de sa famille vers l’inconnu. On la suit pas à pas dans sa nouvelle vie. Elle découvre des réalités très étranges : les habits de neige, l’hébergement à l’hôtel ou en famille d’accueil, la langue qu’elle ne comprend pas du tout. « Tout sonnait exactement pareil pour moi : chouin, chouin, chouin, chouin. » Il est question de dépaysement, d’adaptation, d’anxiété aussi. Pendant que les parents sont partis travailler, la narratrice garde son petit frère. « Le soir, dit-elle, quand il faisait noir et que nous étions encore seuls, tous les bruits étaient épeurants. » Écrite par petites touches humoristiques que supportent avec justesse et poésie les dessins de Maurèen Poignonec, l’histoire est menée à hauteur d’enfant.

Partir de loin est un legs inestimable pour qui souhaite ouvrir la conversation avec les petits sur l’immigration. On le sait, toutes les histoires ne se ressemblent pas. Mais elles méritent indéniablement d’être entendues et accueillies avec amour. L’occasion serait belle pour des enfants de réfugiés ou d’immigrés de parler de cette étape ultime dans leur vie.

Partir de loin est publié aux Éditions de la Bagnole. Caroline Dawson a aussi fait paraître Ce qui est tu. Elle est sociologue et professeure au collégial.

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