Un négationnisme insidieux
Alors que les travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada se sont officiellement terminés il y a une décennie, on peine encore à reconnaitre pleinement l’horreur des pensionnats autochtones dans certains milieux intellectuels. Cette tendance insidieuse à la négation ou à la minimisation pollue encore la discussion publique et mérite à mon avis d’être vigoureusement dénoncée sur toutes les tribunes.

Un exemple frappant nous a récemment été offert par une vidéo virale publiée le 31 août sur la chaine du populaire youtubeur français Gaspard G. On peut y entendre l’historien québécois Jacques Rouillard, professeur émérite retraité de l’Université de Montréal, affirmer qu’« il n’y a pas eu de maltraitance des Autochtones [dans les pensionnats] » et suggérer que les prises de paroles autochtones à ce sujet tiennent de simples « ouï-dire ».
Ces propos sont trompeurs. En fait, les témoignages de milliers d’anciens élèves convergent dans une même direction : nombre d’entre eux affirment avoir subi de graves sévices, parfois même des viols, dans les pensionnats. Il s’agit, non pas de frêles récits indirects, mais bien de témoignages de première main concordants.
Par ailleurs, des écrits crédibles publiés dès la première moitié du 20e siècle documentent clairement les graves problèmes de salubrité et de malnutrition qui frappaient les pensionnats autochtones. Le docteur Peter H. Bryce, mandaté par le gouvernement fédéral pour décrire les conditions sanitaires qui y prévalaient, a dénoncé officiellement la situation dès 1907. Devant l’inaction du gouvernement, il en viendra à parler en 1922 de « crime national » dans la brochure The Story of a National Crime.
Le croisement des sources orales et écrites permet de l’affirmer sans l’ombre d’un doute : on a affamé, battu, violé des enfants dans les pensionnats autochtones du Canada. À moins de s’emmurer dans un négationnisme réactionnaire, on reconnaitra sans difficulté cette vérité historique.


