Le Laurentien (la suite)

15 février 2026 | Par Stéphane Duperron | Camelots, Voix libre, vol. 24, no 2

À l’été 1978, la compagnie Placard de Sainte-Thérèse était en grève générale. Mes parents nourriciers en profitèrent pour construire leur deuxième maison, qui était une autoconstruction. J’ai eu la chance de participer à ce beau projet.

Stéphane Duperron, camelot au Journal de rue, se remémore et partage des évènements liés à son enfance dans cette série d’articles. Source : © JRE, 2026

Le terrain est situé au Domaine Marchand, dans le vieux Bellefeuille, dans le tracé du Boulevard La Salette. Il y a une partie où la route fait une courbe en forme de « S », et l’entrée du Domaine est au début. Plus loin, on y trouve les rues Sylvain et Zotique.

Étant donné que le chemin menant au terrain n’était pas encore construit, l’emplacement où la maison serait construite était un cap de roches. J’ai donc assisté à son dynamitage. Moment assez impressionnant merci pour le jeune garçon de six ans que j’étais.

La roche était recouverte d’un matelas de pneus. Il y a eu le décompte de dix à un, trois coups de sirène, deux courts, un long. Puis, s’en est suivi la détonation. Les matelas et les fragments de roches ont monté jusqu’à une hauteur de soixante pieds dans les airs. La maison a été érigée au milieu d’une énorme formation rocheuse, ce qui assurait sa stabilité, étant donné que le sol ne bougeait pas. La demeure était donc comme dans un bol de porcelaine, mais en roches.

Il n’y avait que cinq maisons dans le Domaine, j’étais le seul enfant. Donc, lors de la pause estivale, je m’amusais seul, je faisais du vélo dans les sentiers.

Et, pendant la saison froide, c’est le ski de fond que je pratiquais. Je me souviens d’une soirée d’hiver, à la lisière du terrain qui faisait office de limite du domaine Marchand, il y avait un boisé, suivi d’un champ.

Le vent avait fait des monticules, et à la suite d’un épisode de pluie verglaçante, ceux-ci étaient recouverts d’une bonne couche de glace pouvant me supporter. J’ai donc traversé ledit champ, à la lueur de la pleine lune, et les buttons qui scintillaient. Avec mes bâtons, je me donnais un effet de rotation et j’effectuais un tour de 360 degrés. Cette soirée a été magique, voire féérique.

C’est dans ce domaine que j’ai appris à meubler ma solitude. Le matin, j’avalais mes céréales Captain Crunch, je sautais sur mon vélo ou je jouais avec mes camions Tonka. Le seul ami que j’avais était un grand pin.

Une ligne haute tension d’Hydro-Québec traversait une partie du Domaine qui n’était pas développé et le grand pin a pu pousser, car il n’était pas dans la zone critique.

Je passais donc mes après-midis d’été sous mon arbre préféré, à admirer le soleil, étendu sur le dos. Il y avait une formation rocheuse recouverte de mousse où une talle de thé des bois avait pris naissance. Je dégustais le petit fruit rouge et, avec les feuilles, nous pouvions concocter une infusion, dont le goût s’apparentait à la cannelle et à la menthe. C’était l’été 1980. À suivre…

Stéphane Duperron, dit fils de Harris

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