L’amour de l’humain à travers le yoga et les livres

1 avril 2026 | Par Frédérique Garain | Parcours migratoire, vol. 24, no 3

Une immigration, c’est un fil tendu entre deux mondes : celui que nous quittons et celui qui nous accueille. La réussite de l’exercice repose sur l’équilibre que trouve la personne immigrante entre ses racines et ses projets. Ténacité, résilience, perspicacité accompagnent souvent l’intégration dans la société d’accueil.

Valentine Ressaire raconte son parcours migratoire. Source : © Danielle Arsenault, 2026

Ces qualités, on les trouve tout au long du parcours migratoire de Valentine Ressaire, qui commence en 2012, alors qu’elle arrive à Sherbrooke, par amour, accompagnant son conjoint français qui bénéficiait d’un jumelage universitaire. À peine deux semaines plus tard, elle décroche un emploi à temps complet dans une librairie, parfaitement aligné avec son domaine d’études.

Elle reconnait qu’elle possédait plusieurs atouts pour réussir son intégration : maîtrise de la langue française, diplôme universitaire, connaissance de la culture nord-américaine acquise lors d’un séjour d’un an aux États-Unis.

Valentine aime la nature présente à Sherbrooke, c’est une ville à taille humaine où elle se sent bien. Elle s’installe, s’intègre, s’adapte.

Quelques années plus tard, une nouvelle porte s’ouvre, Valentine s’inscrit à un cours de yoga. Cette pratique lui permet de se connecter avec elle-même et lui procure de la joie et du bien-être. En 2017, elle décide de l’approfondir en suivant des cours pour devenir professeure de yoga. Afin de valider une partie de sa formation, elle doit donner plusieurs heures de cours.

Ne disposant ni d’endroit pour enseigner ni d’un réseau suffisant de personnes intéressées, Valentine fait preuve de créativité et utilise ce qu’elle a à sa disposition : le parc Victoria et les réseaux sociaux. Quelques curieux se présentent aux premières séances annoncées dans des événements Facebook. À sa grande surprise, ce yoga au parc rencontre un succès grandissant, jusqu’à devenir un véritable rendez-vous annuel.

Son diplôme de professeure de yoga en poche, Valentine enseigne à temps complet dans un studio, jusqu’à 15 cours par semaine. Toutefois, la réalité est loin de la sérénité associée généralement au milieu. En tant que travailleuse autonome, elle souffre d’épuisement, vit dans une instabilité financière constante et ne se sent pas sereine. Bref, elle n’est pas heureuse.

Elle décide alors de se recentrer, d’aligner sa pratique sur ses convictions et de rendre le yoga accessible à une plus grande partie de la population.

Elle retourne alors vers les livres : ses études littéraires lui permettent d’obtenir un poste d’aide-bibliothécaire dans une bibliothèque municipale. Elle y retrouve son équilibre physique, mental, financier. Cet emploi à temps partiel lui laisse assez de temps pour donner des cours de yoga en entreprise, au parc Victoria en été ou dans une salle louée au centre-ville, en hiver. Après dix années de recherche, elle a trouvé son ikigaï, sa mission de vie.

Valentine affirme que « faire peu est toujours mieux que ne rien faire » et cela se traduit par des gestes simples : à la bibliothèque, elle accueille chaque personne avec un sourire et du respect, l’accepte dans toute son humanité. Dans les cours de yoga, elle s’emploie à abolir les préjugés physiques, à montrer que la pratique n’est pas réservée à une élite et que la professeure n’a pas à incarner une sérénité irréprochable.

Frédérique Garain, collaboratrice du Journal de rue, s’entretient avec Valentine Ressaire, qui est partie dans la France pour s’installer au Québec. Danielle Arsenault, 2026

Pratiquer le yoga en nature lui procure de la joie, elle apprécie la simplicité du cadre, des relations qui se créent, des personnes qui se présentent pour pratiquer. Son leitmotiv est clair : « Viens comme tu es », illustrant son désir de démocratiser la pratique du yoga.

Valentine a trouvé un moyen de rendre le yoga accessible, hors des studios de yoga réservés aux personnes plus favorisées. Les participants et participantes d’origine, d’âge et de corpulence variés se présentent pour pratiquer ensemble, sans jugement.

Au fil de son parcours d’immigrante à Sherbrooke, Valentine a vécu à plusieurs reprises l’incertitude liée au renouvellement de son permis de travail. Les mêmes questions se posaient chaque fois : devrait-elle quitter le Québec, abandonner son emploi, son logement, ses amis ? Elle se sentait en sursis, n’osait pas quitter le territoire, de peur de ne pouvoir y revenir. Cette situation l’a contrainte à ne pas voir sa famille pendant 18 mois.

Elle éprouve une profonde solidarité envers les personnes immigrantes qui, aujourd’hui, doivent quitter un pays qu’elles aiment et où elles ont créé des liens pour retourner dans un pays qu’elles ont parfois fui, parfois quitté pour réaliser leur projet de vie. Valentine s’estime extrêmement chanceuse d’avoir obtenu la résidence permanente grâce au parrainage de son conjoint actuel.

Le parcours migratoire de Valentine, empreint de bienveillance, de ténacité et de perspicacité, rappelle que ce sont des gestes modestes, un sourire, un accueil bienveillant, qui mènent à une société plus humaine.

Les propos tenus par les personnes n’engagent qu’elles-mêmes et n'engagent aucunement les organismes liés au projet.

 

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