Pour prendre le temps
Une épreuve difficile survient, apparaît soudainement, comme un caillou dans votre chaussure en plein parcours. Elle vient perturber grandement votre quotidien. Les gens autour réagiront souvent en vous disant : « prends le temps, dépose-toi ». Ces mots seront dits pour vous réconforter, surtout. Ils permettront aussi, si vous les écoutez, de vous déculpabiliser de prendre du temps alors qu’on lui court toujours après !

Au moment du décès d’un proche, qu’il soit attendu après une longue maladie ou inattendu, une période de prise de conscience se présentera. Le fait est que la mort, même attendue, marque une finalité. Il ne sera plus possible de visiter la personne, la toucher, lui parler. Prendre conscience de cette réalité fait partie des états importants du deuil et requiert du temps : prendre le temps d’appeler nos proches pour annoncer la nouvelle, de s’asseoir, de réfléchir, de pleurer, de réaliser.
Il faudra ensuite se mettre en action : penser aux funérailles, aux hommages, aux rituels, mais avant tout à la déclaration du décès. À la coopérative, il y aura une rencontre pour prendre la charge des inévitables formulaires gouvernementaux et l’organisation des funérailles. Avant ladite rencontre, il pourra se passer quelques jours où le temps aura tout le loisir de s’installer et de permettre la réflexion, l’orientation que l’on veut donner à la suite des choses.
Ce temps octroyé peut s’avérer très positif, voire constructif, mais aussi néfaste s’il est employé à de sombres desseins. Il se doit de servir l’apaisement, la sérénité et non l’accablement.
Dans la préparation de l’hommage à la vie de cet être cher, quelques outils aideront à rendre ce temps bénéfique. Le rapatriement des photos est un bon exemple. Il requerra du temps, apportant son lot de souvenirs, de sourires. En demandant des images à d’autres proches, ça permettra aussi la cohésion, la fraternité.
Des textes, des écrits mis sur papier faciliteront également la structure de pensées et de souvenirs. Si vous ne voulez pas écrire, vous pouvez vous enregistrer ! Ça laissera des traces de votre mémoire commune avec vos proches, avec celui ou celle qui n’est plus.
Prendre le temps, c’est aussi le donner. Donner le temps aux gens de venir vous offrir leur soutien. On ne mesure pas la force transmise dans un simple câlin lorsque l’esprit et le corps sont fissurés par la perte. Ces démonstrations d’affection sont une source incroyable de réparation, de colmatage. Ça ne répare pas tout, bien entendu, mais c’est dans la bonne voie.
Qu’en est-il une fois que les actions sont passées ? Que se passe-t-il avec ce temps que l’on trouve bien souvent trop long ? Il doit passer simplement.
Prendre le temps, à ce moment-là, revêt surtout de lui laisser la chance d’effectuer son travail de transformation et de réalisation que tous ces moments passés avec l’être cher ont meublé de belles parcelles de vie, ont compensé largement la douleur actuelle. C’est aussi la découverte de nouveaux repères, la prise en main de cette vie où l’on ne marche plus aux côtés de notre être aimé, qui est plutôt en nous, par les souvenirs, par la mémoire, par le temps.
La prochaine fois que vous croisez quelqu’un qui vit un deuil difficile, au lieu de lui dire de prendre son temps, prenez plutôt du temps avec cette personne pour échanger.
Manon Thibodeau, Coopérative funéraire de l’Estrie


