Un parcours de combattant

1 juillet 2026 | Par Pierrette Denault | Parcours migratoire, vol. 24, no 5

Quand Bruno Munganza est débarqué dans un camp en Tanzanie en 2001, il était loin de s’imaginer à quel point la vie serait difficile. Il abandonne tout. Derrière lui : sa femme, une enfant de deux ans et une autre à naître, le pays de ses racines — la République Démocratique du Congo (RDC) —, une carrière bien entamée. Le jeune homme, alors âgé de 25 ans, muni d’une foi inébranlable, se sait sous le regard de Dieu. Il entretient l’espoir d’une vie meilleure ! Aujourd’hui, à la veille de ses 58 ans, Bruno reconnaît qu’il a eu beaucoup de chance, malgré toutes les embûches qui ont ralenti ses démarches pour faire venir sa famille au Québec. Racontons.

Bruno Munganza dans les bureaux du SAFRIE. Source : © Courtoisie de Bruno Munganza

La vie d’avant

Début du siècle. Bruno est bardé de diplômes — spécialisé en économie publique et industrielle. Il parle swahili et français — des atouts qui joueront plus tard en sa faveur. On lui confie des projets importants : il devient gérant comptable d’une compagnie, met en place dans les campagnes environnantes de Lubumbashi des écoles et des cliniques sanitaires. Il travaille à la construction de son pays. Mais au loin, la guerre menace. Des rumeurs inquiétantes lui font craindre pour sa propre sécurité, il va se mettre à l’abri en Tanzanie, le pays voisin.

Il reste coincé un an et demi dans l’enfer du camp de Rugufu II, un camp qui comptait à l’origine 3000 personnes déplacées de guerre — les autres en comptaient dix fois plus. « Le camp, c’est la prison. Tu ne peux pas sortir, tu manges jour après jour la même chose pendant des années. Tu reçois ta ration (farine, pois, huile, sel) pour deux semaines et tu te débrouilles. » En évoquant ce souvenir, il a une pensée émue en songeant particulièrement à un ami resté derrière et qui en est à sa 23e année au camp.

Dans le camp, la vie s’organise. Bruno participe à l’élaboration de classes pour les enfants. Heureusement, des ONG gravitent dans les camps. Un jour, une travailleuse humanitaire des Nations unies d’origine française le repère et lui demande d’agir comme interprète. Puis, plus tard, des portes s’ouvrent : il postule pour venir au Canada — le Québec est tout désigné puisqu’on y parle français. Bruno insiste : « Les personnes qui immigrent doivent prioritairement apprendre la langue du pays d’accueil, c’est la clé d’une intégration réussie. »

Une vie nouvelle

Dès son arrivée à Sherbrooke, il entreprend des démarches pour faire venir épouse et enfants. Un parcours du combattant qui durera 11 ans à cause d’une erreur de traduction lors de son inscription officielle.

Bruno est rempli de gratitude envers le Service d’Aide aux Néo-Canadiens (SANC). « On a facilité mes premiers pas. On m’a accompagné au bureau du gouvernement, à la caisse, à l’épicerie, à la recherche d’un logement, etc. Les codes sont si différents. » La suite est faite d’une série d’emplois saisonniers : garnir les tablettes du Maxi la nuit, travailler à la chaîne chez Shermag et, plus tard, bosser sur une ferme biologique.

En 2004, il joint son expertise à celle de monsieur Méthode Muhanuka. Ensemble, ils fondent le Soutien Aux Familles Réfugiées et Immigrantes de l’Estrie (SAFRIE). Il devient adjoint administratif, responsable de l’aide aux devoirs et agent de liaison entre les écoles et les familles. L’organisme présente chaque année son Gala de la diversité et organise ponctuellement des ateliers sur la prévention et la résolution de conflits entre parents et enfants de familles immigrantes.

De plus, Bruno Munganza met son expérience au service de la communauté sherbrookoise en siégeant aux conseils d’établissement de l’école Sylvestre (en tant que parent), à celui de Du Phare et de Jean XXIII (comme représentant de la communauté). Bruno et son épouse sont fiers de leurs filles. L’aînée est infirmière et continue ses études à l’Université de Sherbrooke à Longueuil, la deuxième fille travaille à l’aéroport de Montréal et poursuit ses études à l’Université Concordia et la petite dernière en cinquième année du primaire.

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