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Pourquoi j’ai signé LE PACTE

1 février 2019 | Par Monique Turcotte | Environnement

C’est sans regret que j’ai posé ce geste, même si je commets encore trop de péchés véniels écologiques. De plus en plus éveillée aux responsabilités environnementales, je m’efforce tant par mes actions que par mes paroles de pratiquer les vertus de l’économie de toutes les sources de pollution et de gaspillage de ressources.  

Le recyclage n’est pas une innovation, car il fut un temps où tout devait servir. Les années de mon enfance, nous étions en guerre, et même si notre continent américain n’a pas été bouleversé par les combats, nous devions tous contribuer à l’effort de guerre. L’échange de biens et services faisait partie des rapports entre les citoyens dans les villages et villes. L’adage bien connu : « La nécessité est mère de l’invention », s’appliquait partout, même dans les milieux plus aisés. Il fallait tout utiliser, innover, ne rien perdre.   

Ce temps n’est pas si lointain, car plusieurs d’entre nous ont connu ces années de privation pendant lesquelles la simplicité, volontaire ou non, se vivait au quotidien. 

J’ai un souvenir très vivant de la fin de cette guerre  mondiale, du sentiment de libération, de la joie de la victoire en mai 1945. Quand je reviens sur ces années de privation, d’échanges de biens et services, de l’utilisation de coupons de rationnement qui permettaient de se procurer le beurre, le lait, la viande et toutes les autres denrées rares qu’il fallait partager avec les troupes outre-mer, je trouve que nous sommes devenus très dépensiers! 

Inutile d’insister pour rappeler qu’en ces années de guerre, on ne pouvait rien gaspiller. Nos mères tricotaient, cousaient et retaillaient les vêtements pour en confectionner les habits des plus jeunes. Elles savaient repriser les chaussettes trouées en les enfilant sur des ampoules électriques, passant adroitement les fils de trame au travers des fils de chaîne pour reformer les talons abimés. Elles taillaient en fines lisières les vêtements plus usés, elles les tressaient ensuite pour en fabriquer des tapis nattés. Les mamans plus artistes dessinaient sur des sacs de jute de jolis modèles qu’elles crochetaient adroitement et créaient de véritables œuvres d’art utilisées comme descente de lit. Comment oublier les boîtes à lunch confectionnées avec des boîtes de céréales, habilement découpées, côtés rabattus et entrelacés afin de préserver le repas du midi! Notre mère était créative, et surtout très débrouillarde. Elle n’était pas la seule maman originale ; nos camarades d’école utilisaient aussi des objets recyclés, s’habillaient de vêtements refaits, reprisés. Nos ingénieuses mères savaient réparer un fermoir brisé et jamais elles n’auraient osé jeter un vêtement endommagé ; elles le réparaient jusqu’à l’usure ultime.  

Les habits, même usagés, étaient toujours propres malgré le peu de commodités dans la réalisation des travaux domestiques. La lessive était faite avec une laveuse à tordeur et le séchage se faisait sur des cordes à linge, au soleil du Bon Dieu! L’énergie dépensée était celle des courageuses mamans qui trimaient d’une étoile à l’autre.  

Dans la cuisine, l’économie était de rigueur. J’ai le souvenir de la récupération de la graisse végétale utilisée pour cuire les centaines de beignes du temps des Fêtes, matière grasse avec laquelle maman préparait la pâte brisée pour cuisiner la douzaine de tartes un peu sucrées, feuilletées et délicieuses. 

S’il arrivait un « quêteux », on se tassait un peu pour lui faire une place à table et « on étirait la sauce », comme disait maman. « Quand il y en a pour onze, on en trouve pour douze ». On partageait notre repas en écoutant l’invité raconter les événements qu’il rapportait de sa tournée de la campagne environnante. Il ne restait rien dans les chaudrons, tout était servi, aucun aliment n‘était jeté. La moindre goutte de mélasse était soigneusement essuyée avec le pain qu’il ne fallait jamais gaspiller. Du pain rassis, on cuisinait un pouding au pain, servi chaud et tout doré. « Le pain, c’est sacré! » clamait mon père.  

Les mets du vendredi, qui respectaient le sixième commandement de l’Église :« Vendredi, chair ne mangeras, ni jours défendus mêmement », offraient l’occasion d’économiser en servant des mets peu coûteux : une sauce aux œufs, de la galette de sarrasin, des crêpes, une fricassée de pommes de terre et d’oignons frits. Cette abstinence, ajoutée aux jours de jeûne, devait aussi être observée souvent au cours d’une année, obligeant nos mères cuisinières à user de créativité afin de nourrir sainement la marmaille attablée. Point de gaspillage, c’était le mode de vie dans nos familles.  

Les achats étaient généralement faits en vrac : les pommes arrivaient en barils, les pommes de terre, si elles n’étaient pas cultivées au potager, étaient offertes en sacs de jute réutilisables. Papa remplissait la cruche de mélasse au magasin général à même le tonneau fraîchement livré des îles du sud; les quelques variétés de biscuits étaient présentées dans des caisses et servies dans des sacs en papier par l’épicier. Il en était ainsi de presque tous les articles offerts en magasin : aucun  sac de plastique ni de suremballage.  

C’est plus tard, quand est arrivée l’ère moderne, ère de surconsommation, de gaspillage et de richesse, que s’est accrue la pollution. « Il faut être riche pour gaspiller », répétait maman quand ses enfants ont commencé à jeter les « choux gras ». Nos parents n’étaient ni mesquins ni avares, mais ils respectaient les biens matériels durement acquis, et connaissaient la valeur de l’entraide et de l’accueil.  

Depuis quelques années, des scientifiques sonnent l’alarme : la planète bleue montre des signes d’épuisement, et pour contrer les bouleversements amorcés, il faut qu’ensemble nous revenions à la sobriété dans nos choix de consommation. Nous sommes tous un important maillon de la grande chaîne humaine, responsables de la conservation de notre magnifique planète. 

Nous, signataires du Pacte, sommes tout simplement engagés dans la préservation de la beauté du monde, sans arrogance ni vantardise. Un petit geste, joint à mille autres gestes semblables, donne un souffle d’espoir à notre mère la terre.  

Allez, on se donne la main ? 

N.B. Volontairement, j’ai conservé le vocable «quêteux», dénomination plutôt sympathique qui me rappelle la visite régulière de deux ou trois quêteux qui s’arrêtaient chez nous, chez mes grands-parents ou chez une tante voisine de chez nous. On les voyait rarement l’été, saison pendant laquelle ils parcouraient les campagnes environnantes, mais quand arrivait septembre, ils venaient, chacun leur tour, demander le gîte et le couvert. Ils dormaient au chaud sur une couverture en peau de bison que papa étendait tout près du poêle. Ils semblaient apprécier davantage les foyers où vivaient plusieurs enfants qui les amusaient par leur babillage et leurs taquineries. Ils faisaient partie de nos vies familiales, tout simplement.  

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