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Culture
vol. 19, no 1

Développement urbain

1 février 2021 | Par Daniel Coulombe | Culture, vol. 19, no 1

Davantage mythique et littéraire que le reflet de la réalité, l’embourgeoisement d’un quartier est souvent associé à l’arrivée d’artistes – ne pensons qu’à SoHo à New York. Plus près de nous, citons Montréal (Hochelaga-Maisonneuve) et Québec (Saint-Roch). On accorde même aux artistes l’invention du « loft-living » urbain. 

Depuis deux ans, à Sherbrooke, des affiches dénoncent l’embourgeoisement du centre-ville et le fait que plusieurs sections de rues (Wellington, Alexandre, Laurier…) vont passer de pauvres et abandonnées à branchées et embourgeoisées. Pour certains, cela s’explique par une augmentation de la présence des artistes. 

C’est vrai que l’arrivée d’artistes dans un quartier apporte souvent une ambiance bohème ou, du moins, lui confère cette image. Mais l’idée selon laquelle les artistes sont des initiateurs de la revalorisation symbolique des quartiers menant à l’installation de gens aisés relève de la fiction. Cependant, ce qui risque de se produire est bien réel : les gens pauvres vont finir par lever l’ancre et être repoussés du centre-ville, qui va devenir le jackpot des urbanistes, des agents immobiliers, de riches investisseurs, d’une classe aisée. 

Centre-ville
Quel rôle peut jouer l’artiste dans le développement de la communauté urbaine ? Photo par Pascale Woflshagen

Quel rôle peut alors jouer l’artiste dans cette situation? Simplement être un agent catalyseur pour l’implantation d’une communauté novatrice, dynamique et communicatrice. Dans un monde bouleversé par la COVID et une actualité déprimante, la figure de l’artiste est encore associée à certaines valeurs essentielles : celles de liberté et d’autonomie, voire d’anticonformisme, d’originalité et de leadership. De plus, la présence d’artistes attire fréquemment des universitaires et des intellectuels dans le quartier, des personnes présumées ouvertes d’esprit, sans préjugé ni discrimination, porteuses de valeurs humanistes. Leur présence sécurise d’une certaine façon un quartier, parce que ce sont des gens qui vivent énormément en communauté. Surtout, les artistes créent un tissu de communication qui est important, allant des manifestations aux réactions médiatiques et sociales, en passant par l’expression via de multiples expositions dans les commerces. Ainsi, les gens se parlent, les gens se connaissent, les gens échangent, car la présence des artistes attire également les gens qui vivent accompagnés de différentes formes d’arts (théâtre, peinture, musique, architecture, etc.).  

Actuellement, on observe sur les rues dites du centre-ville la présence d’espaces de travail partagés, de boutiques d’art, de cafés, bars et librairies. Alors si l’on souhaite véritablement préserver le centre-ville d’un embourgeoisement, la solution consiste, selon moi, à impliquer des membres de la classe créative au sein de ce développement. Car, plus important encore que l’artiste, c’est un des principes de l’art qui doit prédominer : bâtir une communauté en nourrissant la diversité. Dans les faits, c’est souhaiter obtenir un changement par une organisation sociale novatrice, altruiste, qui cherche à créer des espaces de vie dynamiques et abordables, accessibles, pour les personnes marginalisées ou exclues. Voilà une œuvre d’art pour Sherbrooke. Il faut donner une chance à tout le monde d’habiter un endroit, un logement, et par extension, le quartier et la ville, qu’ils peuvent ainsi considérer comme leur chez-soi. C’est dans ce contexte que les artistes peuvent apporter un changement à la montée de l’embourgeoisement. 

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