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vol. 19, no 2

Une brève histoire de la vaccination.

1 avril 2021 | Par Monique Turcotte | vol. 19, no 2

XVIIIe siècle
Avant la découverte de la vaccination, des maladies infectieuses comme la variole pouvait tuer un malade sur trois. Au XVIIIe siècle, l’Europe compte plus de 400 000 victimes de cette terrible maladie.

La fascinante histoire de la découverte des vaccins recèle de moments qui éveillent notre étonnement et notre admiration. Alors que la planète tout entière salue la rapidité et l’efficacité de la recherche pour trouver le vaccin destiné à vaincre la Covid-19, il faut se rappeler le difficile et audacieux cheminement de la recherche dans ce domaine scientifique. 

Les premières expérimentations remontent aussi loin qu’au Moyen Âge. À l’époque, l’ennemi à combattre : la terrifiante variole. 

C’est en Chine et en Inde qu’on retrouve les premières expériences d’inoculation, traitement qui consistait à s'administrer de la matière — souvent séchée — tirée de pustules de varioleux en la respirant par le nez ou en se la faisant injecter sous la peau avec une lancette. 

Ce traitement étant expérimental, les scientifiques savaient qu’il était potentiellement mortel, mais l'infection contractée était atténuée par rapport à la contamination naturelle. On constata une diminution de la mortalité chez les patients ainsi traités. Rassurés par ce progrès, les chercheurs unirent leurs efforts afin de trouver l’arme pour vaincre la variole qui, au XVIIIe siècle, fit plus de 400 000 victimes en Europe. 

L’avènement du Siècle des Lumières permit la progression de la recherche en médecine. La formule du premier vaccin a été trouvée en 1796 grâce aux patientes recherches de Edward Jenner, un intuitif médecin anglais. Ce mot vient de la « vaccine », une maladie des bovins causée par un virus apparenté à celui de la variole. Le docteur Jenner tenta une expérience inédite de vaccination sur un jeune garçon de huit ans en lui inoculant du pus prélevé sur la main d’une fermière qui avait attrapé la vaccine en trayant une vache. Plus tard, il vérifia l’immunité de son patient. L’expérience fut concluante : l’enfant était immunisé, car les virus de la variole et celui de la vaccine se ressemblent beaucoup. (Ce type d’expérimentation sera plus tard interdit selon les règles éthiques modernes). 

Le docteur Jenner s’appliqua à perfectionner le vaccin pour combattre la variole qui faisait alors beaucoup plus de victimes que la diphtérie et la grippe. La terreur suscitée par la variole qui touchait surtout les enfants et les adolescents avait peu d’équivalents. Elle pouvait tuer un malade sur trois et les survivants restaient parfois défigurés par les cicatrices ou à demi aveugles. Cette maladie dormait sournoisement et ressurgissait tous les 10 ou 20 ans en France et en Angleterre; elle se répandait ensuite sous forme d’épidémie dans les colonies. 

Au Québec 

La variole, tragiquement contagieuse, frappa la Nouvelle-France pour la première fois en 1702 quand un autochtone, revenu infecté de l'État de New York, y introduisit le virus. En quelques mois, les morts se comptaient par centaines. Un vrai désastre pour une colonie de quelques milliers d’habitants. 

Il fallut patienter jusqu’en 1798 alors que Jenner fit la démonstration que son vaccin fonctionnait. Un mouvement en faveur de la vaccination contribuera à le rendre immensément célèbre. Devant un tel succès, certains gouvernements n'hésitèrent pas à lancer très tôt des campagnes de vaccination publique.  

Le Canada pourrait avoir fait partie des précurseurs. On pense que vers 1806, les autochtones ont été soumis à une première vague de vaccination. Ils n'avaient aucune immunisation naturelle contre la variole qui les a décimés au 18e siècle. Devant la victoire du vaccin antivariolique, le conseil municipal de Québec encouragea la vaccination en 1845. Des médecins recrutés par la Ville l'offraient gratuitement aux plus démunis. 

Malgré la démonstration probante de la vaccination de masse, la bataille entre les pro et les anti vaccins faisait rage. Lors de l’épidémie des années 1885-86, la ville de Montréal est totalement dépassée par le nombre de malades et de morts. Comble de malheur, des vaccins de mauvaise qualité menèrent à l’arrêt de la campagne de vaccination. Des émeutiers s’en prirent à l’Hôtel de Ville et menacèrent d’incendier la résidence d’un médecin, adepte de la vaccination. On dut alors demander l’aide de l’armée pour contrôler la population.  

Cette pandémie a été coûteuse en vies humaines et fut aussi désastreuse sur le plan économique. Tous les commerces et services durent fermer, on vit même des inspecteurs ontariens mettre la frontière sous surveillance et appliquer d’autres restrictions aux déplacements. Ces mesures ont permis de limiter les dommages dans la province voisine qui ne compta que 30 victimes de la variole alors qu’à Montréal seulement, on dénombra plus de 3000 morts. 

L’État de New York et la ville de Québec ont aussi limité l’accès des Montréalais à leur territoire. L’ambiance était lugubre. Chaque jour, on publiait le nombre de malades et de lits disponibles dans les hôpitaux. Mais « À toute chose, malheur est bon » dit le proverbe, car cette épidémie de 1885 sera un point de départ dans l’histoire de la vaccination au Québec. Le Parlement, préoccupé par la santé publique, vota une loi qui mena à la création du Conseil provincial d’hygiène. Des bureaux municipaux de santé ouvrirent ici et là pour veiller à la qualité des vaccins et permettre l’inoculation au plus grand nombre de citoyens. La province s'imposa même comme un chef de file de la vaccination. 

Conseil de ville Montréal 1885
Les membres du conseil de ville de Montréal, au pire moment de l’épidémie de variole au Québec, en 1885

En 1901, Pasteur créa le vaccin contre la rage. Dans les années 1920, un vaccin contre la diphtérie sauva la vie de milliers d'enfants. Ensuite, Albert Calmette et Camille Guérin découvrirent une formule pour lutter contre la tuberculose, maladie causée par une bactérie isolée par le chercheur allemand Robert Koch. (BCG) 

Un autre exemple que la patience en recherche mène souvent vers des découvertes prometteuses : en 1926, le Britannique Alexander Glenny découvre par hasard comment fabriquer plus d’anticorps. Il vient de comprendre le rôle des adjuvants qu’on ajoute maintenant à de multiples vaccins pour les rendre plus efficaces. De 1965 à 1969, les antibiotiques et vaccins font reculer les infections de manière spectaculaire. 

1980 

L’Organisation mondiale de la santé déclare que la variole est éradiquée. Grâce à la vaccination, c’est la seule maladie infectieuse humaine à avoir été éliminée. La peste bovine sera la première maladie infectieuse animale éradiquée en 2011. 

Malgré toutes les patientes avancées dans la recherche médicale, il arrive que les scientifiques se heurtent à des complexités apparemment insurmontables. C’est le cas dans la recherche pour lutter contre le VIH, rétrovirus particulièrement complexe. Les thérapies combinant plusieurs antirétroviraux se sont avérées jusqu’à maintenant plus efficaces que des vaccins pour diminuer le taux de mortalité et la contagiosité du virus. 

Présentement, aucun vaccin ne cause un facteur de mortalité plus important que celui de la maladie. Ce sont les virus qui tuent. Pas les vaccins. 

Malgré les pas de géant accomplis dans le domaine, beaucoup de vaccins restent à trouver. On cherche toujours ceux qui auront raison du SIDA, de la dengue et de la malaria. On aimerait aussi en créer un plus efficace contre la tuberculose. 

Faisons confiance à la science qui avance à petits pas ou à pas de géant, toujours dans la recherche du mieux-être et du mieux vivre. 

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