L’histoire inusitée du prénom Usnavi
Vous cherchez un nom original pour votre bébé ? Peut-être pourriez-vous tourner votre regard du côté de Cuba. Depuis un peu plus d’une cinquantaine d’années, une mode qui ne semble pas s’épuiser porte les parents de l’État insulaire à redoubler d’originalité lorsque vient le temps de prénommer leurs enfants.
Le prénom masculin Usnavi (prononcé OUS-NA-VI) figure certainement parmi ceux qui ont le plus fait jaser. On sait qu’il est apparu vers la fin des années 1960 et devenu plus populaire dans les années 1990, mais ses origines exactes sont nébuleuses.
Selon l’histoire qui circule actuellement dans la population cubaine, ce prénom aurait été utilisé pour la première fois à Guantánamo, ville du sud-est de Cuba à proximité de laquelle se trouve la célèbre base navale américaine. Une future mère guantanamera, qui aurait aperçu l’inscription US Navy sur un navire l’aurait candidement adopté comme prénom de son enfant, car elle en aimait la sonorité. Quelques variantes de l’histoire existent. Ainsi, selon l’ouvrage de 1982 En el hocico del caimán, le nom Usnavi aurait plutôt été créé par une paysanne enceinte qui aurait vu l’inscription US Navy sur les ailes d’un avion.
Si les détails demeurent incertains, il ne fait pas de doute que le nom abrégé de la marine des États-Unis est à l’origine du prénom hispanique. Jugé mignon par plus d’une oreille, le néologisme a connu un certain succès et il est de nos jours bien attesté en Amérique latine, aussi bien avec la graphie étymologique Usnavy qu’avec sa variante hispanisée Usnavi.
Après avoir été mis en vedette par la comédie musicale primée In the Heights du dramaturge américain Lin-Manuel Miranda, dont le personnage principal se nomme Usnavi de la Vega, le prénom en est cependant venu à être banni dans quelques lieux. Par exemple, l’État du Sonora, situé au nord du Mexique, l’interdit comme nom de nouveau-né au même titre qu’il le fait pour des noms de personnages connus comme Hermione, Pocahontas, Rocky, Superman et Terminator.
Il reste maintenant à savoir si le fameux prénom, encore totalement inusité au Québec, serait accepté par le directeur de l’État civil. Lorsqu’on se dit que de petits bébés ont récemment pu être nommés Lazer, Pape et Volcan dans la belle Province, on voit mal pourquoi l’euphonique Usnavi n’aurait pas sa place.
Gabriel Martin, linguiste

