Les petites phrases
Tenir un livre entre ses mains, le feuilleter, le lire un peu, le lire complètement, jusqu’aux remerciements, chaque mot à sa place et les chapitres bien agencés, c’est entrer dans l’esprit de celui qui l’a écrit : un auteur.

— J’ai écrit un roman.
— Ah oui ? Ça parle de quoi ?
Quand on imagine un auteur, les images poétiques ne manquent pas.
Il y a les rêveurs, nez dans le vent, qui écoutent le son de la nature pour en écrire l’essence. Les acharnés, qui voyagent dans de vieilles capitales européennes pour en décrire les sons et les rues les plus étroites le plus fidèlement possible. Les perfectionnistes, penchés sur le choix d’un mot, des semaines durant.
Ceux qui écrivent sur une vieille machine ou à la plume. Ceux qui parlent à un dictaphone durant de folles heures d’inspiration ou qui notent leurs idées sur un carnet toujours fourré dans leur poche.
À travers ces fantasmes et ces clichés perce toutefois une vérité : l’écriture se fait souvent dans la solitude. Même empreint de plaisir, cet isolement peut devenir pesant et décourager la pratique de l’écriture.
Réviser son texte, une fois, dix fois, cinquante fois, réécrire un premier jet en abandonnant non sans regret un manuscrit de quelques centaines de pages, demande une énergie et conduit à une fatigue difficilement explicable à quelqu’un qui n’a jamais tenté l’expérience.
Après des mois de travail, ne plus savoir dans quelle direction aller, se sentir tiraillé par trop de détails ou flotter dans le vague, faire face à une histoire rétrécie par les réécritures ou rendue plus grande que nous à force de rajouts. Les mots pèsent parfois trop lourd et la passion peut s’éteindre.
C’est pourquoi l’Association des auteurs et auteures de l’Estrie s’est donné comme mission, en plus de la promotion de la littérature estrienne, de donner à tous ses auteurs et auteures une place pour se rencontrer et pour parler une même langue ; celle de la création.
Grâce à ce point commun, central, nous voyons naitre des discussions enflammées, des moments de partages, de collaborations, et des idées jaillir. Des moments privilégiés pour exposer son monde à des personnes qui, elles-mêmes, contiennent des univers.
Quelques tables, des chaises, une boisson chaude, du temps devant soi et soudain la fiction, la poésie, les rimes et les assonances se mêlent à la vie.
Ça parle de tout, de mots et de météo, de lire et de souvenirs, des jeunes et des vieux, d’accord ou pas, d’ici ou de là-bas. Ensemble.
À l’ère des intelligences artificielles, des écrans et du temps court, n’oublions pas de faire du café, de s’asseoir les uns en face des autres, et de se lancer.
« Et toi, tu écris quoi ? »
Les chroniques Partenaires communautaires sont commanditées par des organismes soigneusement sélectionnées par le Journal de rue de l’Estrie pour leur désir de contribuer à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.


