Le laurentien 4e partie: mon ami «le grand pin»
Dans la carrière de M. Marchand, près du domaine où je vivais qui portait son nom, il y avait comme une montée, pas très prononcée, en retrait de la ligne haute tension, du côté nord, où grandissait un grand pin.

Beaucoup de ses aiguilles recouvraient le sol. À sa base, il y avait deux grosses branches, très longues, qui finissaient par toucher le terrain. Elles devaient faire environ 16 pieds de long et formaient un « V ».
Je passais mes après-midis d’été sous ses branches, étendu sur le dos, à regarder le soleil à travers ses aiguilles. Pur bonheur, c’était ma place, mon refuge, mon château fort. Souvent, le vent soufflait doucement. Du côté sud, presque en dessous de la ligne haute tension, il y avait un cap de roches recouvert d’une mousse.
Au début du mois d’août poussait une petite talle de thé des bois, d’environ cinq pieds de diamètre. Je mangeais les fruits rouges et récoltais les feuilles que je faisais infuser dans de l’eau chaude pour un bon thé des bois.
J’étudiais la distance entre les branches de mon grand pin et, un jour, alors que j’avais environ neuf ans, j’ai entrepris son ascension. Deux des branches étaient plus distancées : j’étais sur le bout des orteils et, du bout des doigts, j’ai réussi à agripper la branche supérieure.
Ensuite, l’ascension a été plus facile. Le but ultime : atteindre la cime. Les deux premières branches de mon ami d’enfance mesuraient environ quatre pieds et formaient aussi un « V ». Rendu là, je me suis assis dans ce « V ». Une légère brise soufflait, et mon ami me berçait.
J’écris ces lignes et je pleure à chaudes larmes, tellement mon bonheur était grand. Que de beaux souvenirs. Je tanguais d’environ deux pieds à gauche et à droite.
Mis à part le grand pin, j’avais deux autres amis, la première, Annie Monette, ma voisine d’en face. Elle a été ma première amie. Elle venait chez son père toutes les deux semaines. Moi, j’étais seul chez nous, et je voyais de temps à autre cette petite fille qui semblait avoir mon âge.
Par une journée d’hiver, je me suis enfin décidé à aller cogner à sa porte pour lui demander d’être son ami. Elle a accepté.
Nos activités préférées étaient d’aller glisser et d’écouter les effets spéciaux audio de son père, Bernard, qui était technicien audiovisuel.
Ce dernier avait une passion pour l’aviation, tout comme moi. Un jour, il m’a emmené faire un tour de Cessna, et m’a même fait conduire alors que nous étions sortis de l’espace aérien de la tour de contrôle de Drummondville. Je me suis trouvé très chanceux de vivre cette expérience.
Et, au bout de la rue Sylvain, à droite, il y avait un camp d’été avec un portail comme dans un ranch, sur un écriteau était inscrit : « le camp mieux que rien ». Il était la propriété de la famille Lauzon. Louis-Philippe, qui avait mon âge, était mon ami d’été.
Nous avons eu de beaux moments ensemble, comme la fois où nous voulions attirer les extraterrestres au moyen de lumière. Et puis toutes les fois où nous faisions du vélo. Avec mon « MX leader », reçu à ma première communion, je prenais plaisir à me servir des racines de surface pour faire office de rampe afin d’effectuer de mini sauts. Une autre de nos activités était de jouer avec son chien Farouk, un grand Danois.
Bref, ce sont de précieux moments vécus avec mes trois amis d’enfance.
Stéphane Duperron dit fils de Harris, camelot au journal de ru



