Une entrevue avec Sandra Morin
Je vends très souvent le Journal chez Estrie Aide où j’aide également avec certaines tâches. J’ai la chance de côtoyer l’équipe de près. J’ai été inspiré par le parcours de Mme Sandra Morin, directrice générale de l’organisme, qui a généreusement accepté de faire une entrevue avec moi.

JRE : Madame Morin, vous êtes directrice générale d’Estrie Aide depuis peu, pouvez nous expliquer ce qui vous a amenée à vous impliquer chez Estrie Aide ?
SM : Mon parcours au sein d’Estrie Aide a commencé grâce à un programme de réinsertion socioprofessionnelle. Cette opportunité m’a permis de m’entourer de personnes qualifiées, de bénéficier de formations et d’acquérir les outils nécessaires pour bâtir ma carrière.
Je suis devenue directrice générale d’Estrie Aide le 27 mars 2026, quelques semaines avant de célébrer mes dix années de service, le 18 avril.
JRE : Quel a été votre plus grand défi ?
SM : Mon plus grand défi n’a toutefois pas été d’apprendre un métier, mais bien de développer mon savoir-être. En raison de mon parcours de vie, j’avais beaucoup de difficulté à faire confiance aux autres, à me faire confiance à moi-même et à m’ouvrir. Ce cheminement a demandé du temps, mais il a été extrêmement enrichissant et transformateur.
JRE : Quel a été votre parcours depuis le commencement et que vous a-t-il apporté ?
SM : J’ai eu la chance de croiser des personnes extraordinaires qui ont cru en moi, m’ont accompagnée et m’ont donné l’occasion de démontrer qui j’étais réellement. Grâce à elles, j’ai pu évoluer au sein de l’organisation en gravissant les échelons, de commis à l’étiquetage, à superviseure, puis coordonnatrice, jusqu’à devenir directrice générale. C’est une immense fierté personnelle et un accomplissement dont je suis très reconnaissante.
Je suis aujourd’hui la preuve concrète que la réinsertion socioprofessionnelle peut véritablement transformer une vie. Lorsqu’on donne une chance aux gens, qu’on les accompagne et qu’on croit en leur potentiel, ils peuvent reprendre leur place dans la société et réaliser de grandes choses.

JRE : Que répondez-vous à ceux qui vous trouvent « cherrant » chez Estrie Aide ?
SM : Je comprends que certaines personnes trouvent qu’Estrie Aide est plus cher qu’auparavant. Cette perception est réelle, mais il est important d’en comprendre les raisons.
Autrefois, Estrie Aide fonctionnait principalement grâce à l’implication de bénévoles dévoués. Avec les années, plusieurs d’entre eux ont dû retourner sur le marché du travail afin de faire face à l’augmentation du coût de la vie : l’épicerie, le logement, l’essence et les autres dépenses essentielles.
Notre mission, elle, n’a jamais changé. Nous continuons d’accompagner les personnes en réinsertion et de soutenir les gens dans le besoin. Pour poursuivre cette mission, nous avons dû embaucher davantage d’employés. Cette décision entraîne inévitablement une masse salariale importante, mais elle est essentielle à notre travail.
Avant qu’un vêtement, une pièce de vaisselle, un meuble ou de la literie puisse être remis gratuitement ou vendu à prix abordable, il faut des personnes pour recevoir les dons, les trier, les nettoyer, les réparer au besoin, les organiser et les mettre en marché.
Rien de tout cela ne se fait seul. Nous avons donc dû ajuster certains prix afin de suivre l’augmentation du coût de la vie et d’assurer la pérennité de notre organisme.
JRE : Quels sont donc les besoins que vous comblez avec votre ressource ?
SM : Malgré ces ajustements, notre objectif demeure le même : offrir des articles de qualité à prix accessibles tout en finançant notre mission sociale qui transforme des vies chaque jour.
Chaque achat effectué chez Estrie Aide va bien au-delà de l’objet acheté. Il contribue directement à soutenir une personne dans son parcours de réinsertion, à financer nos services et à assurer la continuité de notre mission auprès de la communauté.
JRE : Il y a aussi la création d’emploi. Vous embauchez combien de personnes ?
SM : Il faut comprendre qu’avec nos programmes de réinsertion, nous avons un taux de roulement de personnel de 75 %. Ce qui est énorme. Mais cela fait partie de notre réalité. Certaines personnes arrivent, prennent ce dont elles ont besoin et quittent. Nous sommes actuellement 52 employés.
JRE : Merci beaucoup Mme Morin !
SM : Merci et à bientôt !
Stéphane Duperron, camelot au Journal de rue

